PLFSS 2026 - Le point de rupture
Par le Dr Alexis Bourla et l'équipe de JM IDF
23/11/2025
L’heure est grave. Nous avons choisi la médecine en acceptant des sacrifices : les nuits sans sommeil, les vies personnelles mises entre parenthèses, l’épuisement et la responsabilité constante. Et malgré tout, nous avons juré : Ne jamais trahir la confiance d’un patient. Soigner chacun, surtout le plus fragile. Ne jamais laisser l’argent ou le pouvoir guider nos actes. Aujourd’hui, le PLFSS 2026 piétine ces valeurs. Ce texte ne protège pas l’accès aux soins : il le détruit. Il augmente les coûts pour les patients, punit les médecins, contrôle l’exercice, et organise la disparition progressive de notre liberté professionnelle. On ne répare pas la médecine en punissant ceux qui la font vivre. Ce que l’on exige de nous, ce n’est plus de soigner. C’est de renoncer. Renoncer à notre engagement, renoncer à notre liberté, renoncer à notre serment. Mais nous n’avons pas prêté serment pour obéir. Nous avons prêté serment pour soigner. 👉 Et c’est précisément pour cela que nous vous proposons de vous expliquer, point par point, comment le PLFSS met en danger la médecine, notre pratique et nos patients, en ville et à l'hôpital.
CE QUI SE PASSE EN CE MOMENT EST SANS PRÉCÉDENT
En parallèle de la crise politique actuelle, une attaque d’une envergure sans précédent est en cours contre les médecins français. Les parlementaires et le gouvernement semblent avoir convenu d’un ennemi commun : nous.
Leur attaque est frontale et méthodique : d’abord nous discréditer, puis nous étrangler jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de la médecine telle qu’on la connait.
Le mécanisme est clair :
Phase 1 : fabriquer le coupable.
Pendant des semaines, l’opinion a été nourrie d’un récit uniforme : “les médecins coûtent trop cher”, “les dépassements d’honoraires sont indécents”, “il faut remettre de l’ordre”. Les médecins ont été présentés comme des accapareurs, un groupe de privilégiés qu’il faudrait “réguler” pour protéger le peuple. On ne parle plus de soignants : on parle d’un “problème à traiter”. Ce renversement du réel n’a rien d’anodin, il sert simplement à justifier la suite.
Phase 2 : frapper pendant que tout le monde regarde ailleurs.
Le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) 2026 essaye de faire passer pour des ajustements techniques des amendements qui en réalité sont une remise en cause structurelle de l’exercice médical libéral sous toutes ses formes, et tous les secteurs sont touchés. Tous. Sans exception. S1, S2, S3, même combat, même volonté de les mettre au pas.
Phase 3 : neutraliser la contestation.
Le message des politiciens répété ad nauseum aux Français est “avec le PLFSS nous protégeons l’accès aux soins”. C’est faux. Les mesures en discussion ne visent pas à protéger l’accès aux soins. Elles vont le détruire. Les parlementaires ont décidé de jouer avec l’oxygène du système (les conditions d’exercice) comme si les médecins étaient interchangeables et remplaçables.
Mais nous ne le sommes pas.
Disons le tout de suite : si ces mesures passent telles quelles, la médecine libérale, qui assure la grande majorité des soins, ne tiendra pas. Elle va mourir. Et quand elle sera morte, les gens ne seront pas “moins bien soignés”. Ils ne seront plus soignés du tout.
Et il va y avoir des morts. Des vrais.
C’est ça, l’enjeu du PLFSS 2026.
CE QUE CONTIENT CONCRÈTEMENT LE PLFSS 2026
Le texte et les amendements qui s’y greffent dessinent une même logique : punir, surveiller, contraindre, surtaxer.
Derrière les slogans de “responsabilité budgétaire” se cache un simple plan comptable. Le PLFSS 2026 prévoit 7,1 milliards d’euros d’économies pour ramener le déficit de la branche maladie de –17,2 milliards en 2025 à –12,5 milliards en 2026. Autrement dit : il ne s’agit pas d’améliorer le système de soins, mais de boucher un trou budgétaire sur le dos des soignants et des patients.
L’ONDAM global (Objectif national de dépenses d’assurance maladie) n’augmente que de +1,6 %, bien en dessous de l’inflation et très loin des besoins réels du terrain. C’est la plus faible progression depuis plus de dix ans, et la trajectoire financière assumée par le gouvernement est limpide : faire des “économies” non pas en investissant dans la prévention ou la coordination, mais en transférant les charges vers les ménages et les médecins (et très légèrement vers les complémentaires santé qui restent les grands gagnants de ce jeu de dupe).
Moins de financement collectif, plus de reste à charge pour les patients, plus de contraintes pour les médecins : le PLFSS 2026 n’est pas une réforme de la santé, c’est une opération de transfert de responsabilité (et de culpabilité) du politique vers les soignants, avec au passage une attaque violente envers les différents secteurs conventionnels.
1. Une attaque contre les patients
Le PLFSS 2026 multiplie les dispositifs qui vont précisément rendre le soin moins accessible, plus cher et plus dégradé. Ce n’est plus seulement une attaque contre les médecins : c’est une attaque frontale contre les patients eux-mêmes.
Les franchises médicales : la double peine
La ministre de la Santé a confirmé vouloir doubler les franchises médicales sur les consultations et les médicaments. Le projet a été rejeté par la commission des affaires sociales du Sénat, mais elle a clairement laissé entendre qu’elle “n’avait pas renoncé”, justifiant ce doublement par le fait qu’“un patient sur trois ne paie pas de franchise” et que “le reste à charge en France est faible”.
Traduction : puisque les malades paient encore “trop peu”, on leur demandera un effort supplémentaire. C’est une logique opposée à la santé publique : faire porter sur les malades le coût du désengagement de l’État.
Nous voyons venir le résultat : renoncements aux soins, automédication, aggravation des pathologies chroniques, et finalement … plus de dépenses hospitalières. C’est l’économie de la myopie : on économise aujourd’hui ce qui coûtera dix fois plus demain.
D'ailleurs, si l'élargissement du périmètre des franchises médicales aux consultations dentaires et aux dispositifs médicaux a été rejeté, le doublement des franchises est toujours prévu par décret en marge du budget de la Sécurité Sociale.
Les “Maisons France Santé” : le gadget compassionnel
Pour faire passer la pilule, le Premier ministre annonce en parallèle 130 millions d’euros pour déployer des “Maisons France Santé”. Des structures hybrides censées “ramener un accès aux soins à moins de 30 minutes de chez soi” : un mélange de maisons de santé, pharmacies connectées, téléconsultations en cabine ou bus itinérants.
Sur le papier, c’est un « plan Marshall » de la proximité.
En réalité, c’est un total « foutage de gueule » car à quoi correspondent ces MFS ? A des pharmacies dotées de cabine de télémédecine, à des « bus itinérants », à des maisons de santé déjà existantes… C’est un label, pas une offre de soin.
Ces dispositifs ne créent pas un seul médecin, ne forment personne, ne retiennent aucun praticien, et n’apportent qu’une illusion de couverture territoriale. C’est le soin version décor de théâtre : une façade rassurante pour masquer la désertification réelle.
Le plus grave, c’est le message implicite adressé aux patients : “Vous n’aurez plus de médecin traitant, mais rassurez-vous, on vous enverra un bus ou un écran dans un établissement labellisé.” C’est un irrespect massif pour les patients, pour les territoires et pour la relation de soin. D’un côté, on coupe les moyens structurels de la médecine libérale ; de l’autre, on repeint le naufrage avec 130 millions d’euros de gadgets technocratiques.
Voilà ce que le gouvernement appelle “l’accès aux soins pour tous” : plus de franchises, plus de reste à charge, et des ersatz de médecine connectée à la place du médecin.
Les députés se sont prononcés dimanche en faveur de leur création et elles reposeront sur des structures déjà existantes et dans certains territoires isolés, des pharmacies pourraient remplir ce rôle.
2. Une attaque contre les médecins
Secteur 1 : la fin des abattements fiscaux généralisés.
Les députés ont voté un amendement limitant des abattements fiscaux historiques dont bénéficiaient les médecins conventionnés secteur 1, en expliquant que c’était trop coûteux pour l’État. Leur objectif étant de contraindre les installations, ils se proposent de les réserver uniquement aux médecins qui accepteraient d’aller exercer dans les zones dites “sous-dotées”. Les autres médecins S1 n’y aurait plus droit.
Le message est limpide : “Tu veux continuer à exercer là où tu es ? Ok, mais tu paieras plus d’impôts”. Ce qui est présenté comme une mesure d’aménagement du territoire pour améliorer l’accès aux soins est en réalité est une sanction fiscale ciblée sur les médecins généralistes. C’est d’une hypocrisie rare : l’État vient de faire passer la consultation de médecine générale à 30€ (alors qu’il l’avait sous-financé pendant vingt ans), et maintenant il récupère ce qu’il donne en supprimant un abattement fiscal.
Secteur 2 : surtaxation des compléments d’honoraires et mise sous tutelle politique avant une disparition pure et simple.
Le secteur 2 est explicitement visé par le PLFSS 2026 puisqu’ils veulent :
• Interdire les compléments pour certains actes dit “essentiels” (dont la liste sera définie règlementairement, donc qui pourra être ajustée selon les désidératas de Bercy)
• Une surtaxe ciblée, modulable par décret, sur les compléments d’honoraires, avec pour objectif avoué de rendre économiquement toxique le secteur 2.
• Un plafonnement national des compléments d’honoraires, avec contrôle annuel et sanctions en cas de non-respect.
• L’adhésion forcée à l’OPTAM pour toute nouvelle installation en secteur 2, donc fin de la liberté tarifaire pour la nouvelle génération avec des objectifs toujours plus contraints en termes de % d’acte à tarif opposable.
• Le blocage de la revalorisation structurelle des actes techniques (CCAM renvoyée à 2028)
• Des contreparties aux médecins en dépassements : participation à la PDSA, consultations avancées, permanence des soins.
• Elargir l’accès à la CSS (complémentaire santé solidaire) en relevant les seuils pour “protéger” contre les dépassements.
Cette charge contre les dépassements d’honoraire sert à masquer une réalité simple : on agite les 4,5 milliards auxquels ils correspondent comme si c’était la fin du monde, alors que ça ne pèse que 14% du reste à charge (et 2.5% des dépenses de santé). Le vrai problème est ailleurs.
Mais le message est très clair : c’est le préalable à la disparition du secteur 2, et on ne pourra pas dire qu’on ne l’avait pas vu venir.
L'amendement sur la surtaxation des dépassements d'honoraires a finalement été rejetée ce mercredi 12 novembre, mais il pourrait renaître de ses cendres l'année prochaine ou en cas de dissolution de l'Assemblée.
Secteur 3 : punir les patients pour punir les médecins
Outre la surtaxe qui serait également appliquée aux revenus non conventionnés (ils précisent bien « dépassement d’honoraires et revenus des actes non conventionnés »), la commission des Affaires sociales de l’Assemblée a adopté un amendement qui va beaucoup plus loin : à partir de 2027, les prescriptions des médecins exerçant hors convention (secteur 3) ne seront plus remboursées par l’Assurance maladie.
Relisons bien : cette fois ce n’est pas que le médecin qui est puni. C’est aussi le patient. On appelle ça un dispositif de terreur administrative destiné à faire rentrer de force les praticiens dans un carcan tarifaire unique en jouant sur leur culpabilité. Un peu comme l’OPTAM, mais en plus pervers. L’OPTAM c’était « si vous n’y adhérez pas, vos patients seront moins bien remboursés », mais la c’est « ils ne seront plus remboursé du tout et pour rien, ils payeront plein pots leurs médicaments, leurs examens d’imagerie, etc. ». Bienvenu dans la vraie médecine à 2 vitesses, et tant pis si les patients font remonter plus de 50% de leurs revenus dans les caisses de l’état pour financer – entre autre – la sécurité sociale.
Et on ose appeler ça “améliorer l’accès aux soins” ? Et quid des indemnités journalières des arrêts de travail prescrits par les médecins en secteur 3 ? Ne seront-ils plus remboursés également ?
C’est inédit. C’est brutal. Et c’est déloyal : l’État se défausse de son incapacité à rendre l’exercice soutenable et s’en prend directement … aux malades.
Après avoir asphyxié les médecins, on asphyxie carrément toute la médecine avec un ONDAM au rabais et un contrôle maximal.
Pour 2026, l’ONDAM “ville” (le budget pour la médecine de ville) est limité à 0,9%, c’est-à-dire moins que l’inflation, pendant que l’hôpital bénéficie d’un objectif à 2,4%. Traduction : on étrangle la médecine libérale financièrement tout en réclamant qu’elle absorbe toujours plus de soins, plus vite, plus tard, plus loin.
Rappelons que la médecine libérale assure l’écrasante majorité du premier recours et des actes techniques en ville. C’est elle qui empêche les urgences de s’effondrer chaque nuit. C’est elle qui évite des dizaines de milliers d’hospitalisations inutiles. Et c’est elle qu’on pénalise budgétairement.
Faut-il réellement avoir fait une grande école de prospective pour comprendre que cette asphyxie de la médecine de ville va obligatoirement avoir des conséquences … sur la médecine hospitalière ? Et qu’au final c’est l’ensemble de la médecine française qui va se retrouvée dégradée ?
Mais qu’on se rassure, le PLFSS assurera qu’elle garde tout de même un certain niveau de « Qualité » grâce a de superbes indicateurs qui servirons … à fliquer les médecins. Par exemple le PLFSS impose l’obligation de renseigner et consulter le Dossier Médical Partagé (DMP) dans “Mon espace santé”, sous peine d’amendes pouvant aller jusqu’à 10.000€ par an. Oui, vous avez bien lu, une peine presque 10 fois supérieure à ce qu’encoure un délinquant lorsqu’il est condamné pour coup et blessures ayant entrainé une ITT de moins de 8 jours.
Alors on récapitule :
- Secteur 1 ? Plus d’avantages fiscaux sauf si tu vas là où on t’envoie.
- Secteur 2 ? Surtaxé, humilié, privé de toute souplesse financière sous prétexte d’égalité.
- Secteur 3 ? Punition des patients à visée culpabilisante.
- Budget ville ? Compressé sous le niveau d’inflation.
- Exercice quotidien ? Sous contrôle permanent, menacé d’amendes.
METTONS LES CHOSES AU CLAIR : QUI DÉTRUIT L’ACCÈS AUX SOINS ?
Quand on regarde les mesures du PLFSS, on découvre une mécanique cynique : rien ne crée du soin réel, tout crée du contrôle, du court-termisme, et du simulacre.
L’“accès aux soins” version 2026 est un slogan vidé de sens, un écran de fumée pour masquer le désengagement de l’État et le transfert de la pénurie sur les soignants eux-mêmes.
1. Des internes transformés en bouche-trous
Le texte prévoit la création d’un “stage ambulatoire en autonomie supervisée” pour les internes de dernière année de médecine générale. Payés par l’hôpital, ils assureront des consultations en ville à tarif opposable et tiers payant intégral. Autrement dit : on va coller des internes à la place des médecins pour masquer la pénurie, en leur demandant d’assumer des responsabilités quasi équivalentes à celles d’un médecin installé, mais sans aucune garantie d’accompagnement durable. Pire, un amendement, défendu par Guillaume Garot, limitant la rémunération des jeunes médecins s’installant dans les déserts médicaux a été voté au motif que « ils auront tout de suite un carnet de rendez-vous rempli ».
D’un côté on supprime les incitations, d’un autre on oblige les internes à faire les bouche-trous : c’est un cache-misère institutionnalisé. Plutôt que de rendre l’exercice libéral vivable pour qu’ils s’installent, on leur apprend à tenir le système à bout de bras, sans autonomie, sans perspective, sans rémunération à la hauteur du risque.
2. Le contrat PTMA : encore un gadget technocratique
Deuxième vitrine de la réforme : le Contrat de Praticien Territorial de Médecine Ambulatoire (PTMA) qui n’est rien d’autre qu’une redite et une extension du Contrat d’Engagement Territorial (CET) dont on sait l’inefficacité.
Sur le papier, il est sensé “soutenir l’installation en zones prioritaires” en offrant un complément de revenu en échange de tarifs opposables obligatoires, d’une participation à la permanence des soins, de coordination, d’enseignement, de reporting, etc.
Dans la réalité, c’est un contrat gadget : très joli sur PowerPoint, inapplicable sur le terrain. Il exige tout et ne compense rien. On ne règle pas la désertification en distribuant des primes ponctuelles. On la règle en redonnant envie d’exercer. Et ça, le PLFSS s’y refuse obstinément.
3. Les Structures de Soins Non Programmés : l’usine à gaz des ARS
Autre trouvaille : la création de Structures de Soins Non Programmés (SNP), agréées par les ARS, censées absorber les urgences de ville. Encore une usine à gaz supplémentaire, avec des forfaits, des appels à projets, des critères, des tutelles. Une nouvelle surcouche en somme. On multiplie les sigles et les dispositifs plutôt que de s’attaquer à la racine du mal : la dégradation du métier. Et pour couronner le tout, si les partenaires conventionnels n’ont pas signé d’accord sur la Permanence des Soins Ambulatoires (PDSA) ou le Service d’Accès aux Soins (SAS) d’ici au 1er juin 2026, le gouvernement se réserve le droit de fixer les règles par arrêté. Traduction : “soit vous signez, soit on vous l’impose”.
4. Le “parcours prévention” : encore plus de charge, sans un centime de plus
Le texte crée également un parcours coordonné de prévention renforcée pour les maladies chroniques : un panier de soins censé regrouper activité physique adaptée, diététique, psychothérapie, éducation thérapeutique… financé à la fois par la Sécu et les complémentaires santé. Sur le papier, c’est séduisant. Dans la pratique, c’est une bombe à retardement administrative. Cela renforce massivement la contrainte de coordination du médecin traitant, sans moyens supplémentaires, sans revalorisation, sans allègement de charge. Et avec un « cofinancement » par les mutuelles, c’est l’assurance d’un millefeuille bureaucratique infini : formulaires, justificatifs, contrôles croisés. Bref, on demande aux généralistes d’en faire encore plus, sans leur donner ni temps, ni ressources, tout en prétendant “valoriser la prévention”.
5. L’hôpital sous tutelle comptable
Pendant qu’on étrangle la ville, on met l’hôpital sous perfusion de contrôle. Le PLFSS impose la transmission électronique obligatoire de tous les documents nécessaires à la prise en charge, mais surtout introduit un coefficient de minoration des tarifs hospitaliers dans les établissements où il existe une activité libérale (“pour éviter les doubles financements”), et crée un nouveau système de bonus-malus à l’efficience pouvant retirer jusqu’à 2 % de budget à un hôpital jugé “trop dépensier”.
Les ARS auront le pouvoir d’imposer des volumes cibles d’actes et de prescriptions : si l’établissement ne se “corrige” pas, il sera pénalisé. C’est la même logique qu’en ville : un pilotage purement comptable, qui transforme les médecins en gestionnaires d’indicateurs et les soignants en variables d’ajustement budgétaire.
On prend ce qui dégrade l’hôpital et on l’applique à la ville, et on prend ce qui dégrade la ville pour l’appliquer à l’hôpital. Riche idée que de prendre le pire pour le généraliser…
6. La radiothérapie : laboratoire de la punition de la réussite
Le PLFSS 2026 consacre un passage entier à la radiothérapie, symbole parfait de cette idéologie. Le secteur, reconnu pour sa performance et son efficacité, fera l’objet de 100 millions d’euros d’économies ciblées dès 2026, via un “alignement” des tarifs ville/hôpital et la possibilité donnée à l’UNCAM de baisser les tarifs jugés trop rentables. Autrement dit : si un service marche bien, on le punit.
C’est la logique du nivellement par le bas : ne pas récompenser ce qui fonctionne, mais casser ce qui dépasse. Un système de santé qui en vient à sanctionner la réussite est un système en voie de disparition.
7. Taper sur les médecins pour épargner les copains.
Le gouvernement répète sans cesse “Nous luttons contre les dépassements pour protéger les patients”, mais la réalité c’est que les dépassements d’honoraires représentent une fraction très minoritaire de la dépense de santé totale. Le cœur du problème, tout le monde le sait, c’est l’effondrement des tarifs opposables qui n’ont pas suivi la complexité médicale réelle ni l’inflation, et le désengagement progressif des complémentaires santé.
Les complémentaires (mutuelles, assureurs santé) ont augmenté leurs cotisations, réduit leurs remboursements effectifs, complexifié les clauses, et accumulé des excédents considérables, tout en expliquant dans les médias que “le problème ce sont les médecins qui abusent”. Ce sont ces mêmes acteurs qui aujourd’hui plaident pour encadrer encore plus les honoraires… alors qu’eux-mêmes se sont largement désengagés du remboursement des compléments.
On ne va pas tourner autour du pot : les mutuelles ont inventé la posture du pompier qui se filme en train d’éteindre un feu qu’elles ont elles-mêmes allumé. Elles sont organisées en lobbies très organisés. Elles ponctionnent les ménages, elles remboursent de moins en moins, et elles pointent du doigt le praticien en blouse blanche. Les mutuelles sont devenues un acteur politique, pas un acteur de soin. Et elles se servent du mot “accès” comme d’un vernis moral.
POURQUOI JEUNES MÉDECINS PARLE D’UNE RUPTURE MORALE
Le PLFSS 2026 détruit la médecine libérale comme pilier du soin réel, ce n’est pas un petit ajustement budgétaire. Nous parlons d’un texte qui, simultanément écrase le financement de la médecine de ville sous l’inflation, attaque fiscalement les généralistes secteur 1, étrangle les médecins secteur 2, organise la mise à mort progressive du secteur 3 en punissant le patient, renforce le contrôle administratif et punit l’acte de soin par l’amende. Ce que produit ce texte, ce n’est pas de la justice sociale. C’est de la dissuasion à exercer.
On nous demande d’accepter de travailler avec la peur au ventre, sous injonction permanente, dans un contexte où l’État est prêt à instrumentaliser les patients comme moyen de pression.
Qui peut accepter ça ? Quel autre corps professionnel accepte d’exercer une activité à haut risque médical, psychologique, juridique, 60 heures par semaine, avec menace fiscale à la clé, et le soupçon public comme bruit de fond permanent ?
Pire, on demande aux médecins d’être complices d’une mise en danger massive : quand l’État crée artificiellement la pénurie médicale en rendant l’exercice invivable… il crée de la non-prise en charge. Et la non-prise en charge, ce n’est pas un concept théorique. Ce sont des AVC qui ne sont pas prévenus. Des cancers qui ne sont pas diagnostiqués à temps. Des dépressions qui finissent en passage à l’acte parce que personne ne voit le patient.
Nous allons le dire sans détour, parce que quelqu’un doit le dire : ces mesures, si elles sont appliquées telles quelles, vont tuer des gens. Pas “à long terme”, pas “de manière diffuse”, pas “statistiquement”.
Des patients vont mourir parce qu’ils n’auront plus de médecin là où ils vivaient hier encore. Et l’État le sait.
NOTRE POSITION : C’EST NON !
Il faut rappeler un fait essentiel : même les institutions les plus modérées tirent la sonnette d’alarme. Le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), a lui-même reconnu que la situation actuelle du secteur 2, et plus largement de la médecine libérale, est le résultat direct de vingt ans de gel tarifaire. Les actes techniques n’ont pas été revalorisés depuis 2004, alors même que les charges ont explosé, que la complexité médicale a doublé et que la pénurie de soignants s’est aggravée.
Le CNOM souligne noir sur blanc que le développement du secteur 2 n’est pas un abus, mais une conséquence mécanique d’un système sous-financé. Il appelle à une réforme globale de la valorisation des spécialités, à une révision régulière des tarifs, et à un débat collectif sur la notion de “tact et mesure”, pour l’adapter aux réalités économiques du soin. Autrement dit : ce ne sont pas les médecins qui dérivent, c’est l’État qui a figé le système dans une impasse.
Quand même l’Ordre, une institution d’ordinaire prudente, institutionnelle, mesurée, reconnaît que la racine du problème, c’est l’indigence des tarifs opposables, il n’y a plus de débat possible. Ce que le gouvernement présente comme une “lutte contre les abus” est en réalité un aveu d’échec politique et budgétaire, déguisé en croisade morale.
Alors Jeunes Médecins le dit clairement : Non à la liquidation organisée de la médecine libérale !
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